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L’opposant sénégalais Ousmane Sonko dépose une plainte contre le président Sall

Une plainte a été déposée en France et une demande d’enquête soumise à la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye contre le président sénégalais Macky Sall pour crimes contre l’humanité, après les pires troubles qu’ait connu le Sénégal depuis des années.

C’est juste ridicule, a commenté à l’AFP le président sénégalais, présent jeudi au sommet pour un nouveau pacte financier mondial organisé à Paris. L’avocat français Juan Branco a présenté lors d’une conférence de presse le contenu des 170 pages de la plainte déposée mercredi soir en France devant le pôle crimes contre l’humanité du tribunal judiciaire de Paris, ainsi que la demande d’enquête à la CPI.

Cette démarche va entraîner pour les personnes visées des conséquences pour le restant de leurs jours, car les crimes qui ont été commis sont imprescriptibles, a affirmé Juan Branco, qui est l’un des avocats de l’opposant sénégalais Ousmane Sonko.

Ces procédures pour _crimes contre l’humanité_visent également le ministre de l’Intérieur sénégalais Antoine Diome, le général Moussa Fall, commandant de la gendarmerie sénégalaise, ainsi qu’une centaine _d’autres individus,_et concernent la période allant de mars 2021 à juin 2023.

La condamnation le 1er juin d’Ousmane Sonko à deux ans de prison ferme dans une affaire de mœurs a déclenché les pires troubles qu’ait connu le Sénégal depuis des années. Les heurts ont causé au moins 16 morts selon les autorités, 23 selon l’ONG Amnesty International et 30 selon l’opposition.

La condamnation d’Ousmane Sonko le rend en l’état actuel inéligible pour la présidentielle de 2024. Personnalité populaire dans la jeunesse et les milieux défavorisés, l’opposant crie au complot et reste bloqué par les forces de sécurité chez lui à Dakar, depuis le 28 mai.

Macky Sall, élu en 2012 et réélu en 2019, entretient le flou sur sa volonté de briguer un troisième mandat en 2024. L’hypothèse d’une candidature rencontre une forte opposition au nom du respect de la Constitution. En mars 2021, des troubles – déjà autour de la personne de M. Sonko – avait fait au moins 12 morts au Sénégal.

Depuis ces troubles de 2021, aucune enquête n’a été diligentée (au Sénégal) et aucune poursuite pénale, a fustigé auprès de l’AFP Alioune Sall, député des Sénégalais de la diaspora et coordonnateur en France du Pastef, le parti d’Ousmane Sonko, présent jeudi à la conférence de presse.

Plus de deux ans après, on a jugé nécessaire, en tant que parti politique et en tant que Sénégalais, de poursuivre le combat sur le plan international, dès lors que l’Etat sénégalais, qui est censé garantir les droits fondamentaux de ses ressortissants, ne le fait pas, a-t-il dit.

Exactions

Lors des troubles de juin 2023, des vidéos et des témoignages ont fait état d’hommes en civil, armés et à bord de pick-ups, chassant des manifestants. Les pro-Sonko accusent le camp présidentiel d’avoir payé ces_nervis_ pour prêter main forte aux policiers et gendarmes et mater les contestataires. La présence de ces hommes armés, relayée par de nombreux médias locaux et internationaux, a été dénoncée par des défenseurs des droits humains.

Durant la conférence de presse jeudi, des vidéos et photos, dont certaines insoutenables, et présentées par l’avocat comme celles de manifestants tués ou très gravement blessés lors des troubles de juin, ont été diffusées.

Selon les procédures engagées mercredi, ces crimes contre l’humanité ont été commis dans le cadre d’une attaque généralisée et systématique de la population civile sénégalaise. Macky Sall et Antoine Diome ont ordonné et supervisé la commission » de ces crimes contre des manifestants désarmés depuis le mois de mars 2021, affirment les requêtes. Ils sont accusés d’avoir visé en particulier les partisans du Pastef et de la coalition d’opposition Yewwi Askan Wi.

Juan Branco affirme avoir été récipiendaire de plus de 4 500 éléments de preuve. L’avocat et son équipe ont sélectionné 710 éléments de preuve des exactions du pouvoir sénégalais, pour servir de support à la demande d’enquête à la CPI. Il dit avoir établi _le meurtre de 50 personnes_entre mars 2021 et juin 2023, et plusieurs milliers de détentions arbitraires et d’atteintes à la vie et blessures.

Selon Juan Branco, la présidence de la République, elle même, en tant qu’institution, a mis en place des commandes d’armes particulièrement massives dont nous avons retracé le cheminement, a-t-il affirmé, citant « la livraison de 104 tonnes d’armes à la présidence au deuxième semestre 2022 ».

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