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Sénégal: sans mesures, «la mer continuera malheureusement d’être un cimetière pour une partie de la jeunesse»

Lundi 14 août, 63 migrants ont trouvé la mort dans le naufrage d’une pirogue, au large du Cap-Vert. L’embarcation avait quitté la côte sénégalaise, le 10 juillet avec à son bord une centaine de passagers. Des pêcheurs locaux pour la plupart. Une tragédie récurrente causée, non seulement par les conditions socio-économiques au Sénégal, mais aussi par le réchauffement climatique.

La pirogue avait quitté Fass Boye, au nord de Dakar, le 10 juillet avec une centaine de personnes à son bord. Ils étaient tous des Sénégalais à l’exception d’un Bissau-Guinéen. L’embarcation était portée disparue et a finalement été retrouvée lundi au large de l’archipel du Cap-Vert. Le Cap-Vert se trouve sur la route vers les Canaries, la destination la plus fréquente des candidats à l’émigration.

Parmi les passagers, 63 personnes sont décédées selon l’OIM, et 38 rescapées, dont 4 enfants. Fass Boye, le village de pêcheurs d’où est partie la pirogue, est en deuil. Beaucoup de passagers venaient de cette localité et les familles cherchent des nouvelles de leurs proches.

Mercredi, des groupes de jeunes ont laissé éclater leur colère en s’en prenant à des bâtiments publics. Ils reprochent aux autorités sénégalaises de ne rien avoir fait pour secourir le bateau, pointe notre correspondante à Dakar, Juliette Dubois. Le ministère sénégalais des Affaires étrangères a assuré œuvrer au rapatriement de ses ressortissants « dans les meilleurs délais ».

Alexandre Guibert Lette, directeur exécutif de Teranga Lab – une association citoyenne spécialisée sur les questions de changement climatique et ses conséquences sur la pêche locale –  appelle les autorités à prendre des mesures immédiates face à la multiplication de ces naufrages.

RFI : Quelles sont les raisons qui ont poussé ces personnes à tenter cette traversée et finalement à perdre la vie ?

Alexandre Guibert Lette : On peut bel et bien mettre en cause les effets [du changement climatique, NDLR] sur le secteur de la pêche, secteur qui est très important. Durant ces dernières années, énormément de pêcheurs ont dû laisser leur activité pour tenter le voyage périlleux vers l’Europe, tout simplement parce que la mer n’est plus poissonneuse. Ces départs deviennent fréquents. Ça commence à être une hécatombe et il est temps de mettre cette actualité macabre au devant de l’actualité nationale.

Qu’est-ce que dit cette tragédie de la situation de l’émigration au Sénégal ?

La vie coûte extrêmement cher. Les choses sont de plus en plus difficiles. Énormément de jeunes ne se retrouvent plus dans le projet de l’État, ce qui fait qu’il n’y a pas d’autre solution que de prendre le large. S’il n’y a pas réellement de politique en faveur de la jeunesse pour améliorer la situation de ces jeunes-là, la mer continuera malheureusement d’être un cimetière pour une bonne partie de la jeunesse africaine.

Que pensez-vous de la nouvelle stratégie nationale contre l’émigration irrégulière annoncée par le gouvernement sénégalais ?

Pour le moment, cette nouvelle stratégie n’est pas opérante. Il y a une semaine de cela, un bateau de migrants a été accosté par la police. Il y a eu un drame malheureux, puisque la police aurait tiré. Il y a eu un mort. Je ne pense pas que cette stratégie puisse être vraiment opérante. Il faut prendre le temps de discuter avec les communautés, renforcer les moyens de sensibilisations et trouver des alternatives durables pour les pêcheurs et les communautés qui sont impactées aujourd’hui par les questions de réchauffement climatique et qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts, à cause de la cherté de la vie. Le Sénégal, c’est plus de 700 km de côtes Atlantique. On ne peut pas poster à chaque kilomètre un policier, ce n’est pas possible.

Quelles sont vos demandes pour améliorer la situation ?

Le Sénégal se dirige dans six mois vers une élection présidentielle, on a hâte de voir ce sujet-là cristalliser l’attention des décideurs. Ce que l’on lance comme appel aujourd’hui aux autorités, c’est une réelle prise en charge de cette problématique. Il est temps que l’État du Sénégal, à commencer par le président de la République, Macky Sall, prenne des mesures fortes pour endiguer ce phénomène.

rfi

 

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